Comment nos vêtements polluent les océans

Le problème des microfibres plastiques

L’industrie textile est une des plus polluantes du monde : émissions de CO2, pollution de l’eau, impact des cultures du coton sur les sols et la biodiversité… l’explosion de la consommation de vêtements depuis le début des années 2000 dégrade notre environnement. 

La pollution des océans par les microfibres synthétiques engendrée par cette industrie et son impact sur notre santé font en particulier l’objet d’inquiétudes croissantes. 

Alors qu’est ce que sont les microfibres plastique ? Où se trouvent-t-elles, comment se propagent-elles et pouvons-nous agir pour limiter leur pollution ? 

Nous nous sommes penchées sur le sujet et nous vous faisons un résumé de ce que nous avons appris.

Les microfibres, c’est quoi ?  

Les microfibres plastique sont une sous-catégorie de la grande famille des micro-plastiques, qui sont des particules minuscules issues de la dégradation des déchets des plastiques que nous utilisons au quotidien.

On parle généralement de microplastiques pour désigner des fragments inférieurs à 5mm. Ils sont quasiment invisibles à l’oeil nu, mais présents en quantité croissante dans notre environnement : dans l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons et jusque dans nos assiettes.

 

Miam des sushis au plastique !

Les microfibres plastiques désignent spécifiquement les fragments issus de fibres textiles plastiques. Elles représentent 60% à 90% des micro-plastiques rejetés dans les océans.

Les chiffres qui font mal...

Le problème avec les microfibres synthétiques, c’est que prises dans leur ensemble, le volume qu’elles forment est énorme. 

Au total, on estime qu’elles représentent à peu près 30% des plastiques rejetés dans les océans, soit 2 millions de tonnes de microfibres plastiques tous les ans.

On anticipe par ailleurs que la production mondiale de plastique sera multipliée par 4 d’ici 2030, et celle de textiles synthétiques augmentera de 50% d’ici 2025. Le problème de la pollution plastique dans les océans est donc amené à s'aggraver fortement dans les années à venir, si des solutions ne sont pas trouvées à très court terme.

Evolution de la production textile mondiale, 1980 - 2025.

Pourquoi est-ce un problème ? 

Pour commencer, les micro-fibres, ce sont de minuscules fragments de plastique. Elles sont donc très compliquées à récupérer une fois qu’elles sont dispersées dans les océans. Et elles sont absolument impossible à nettoyer dans un volume suffisant pour avoir un impact sur notre environnement.

Si on ajoute à ça le fait que les matières plastiques sont non bio-dégradable, et donc qu’elles vont mettre entre 500 à 1000 ans à disparaître, on peut imaginer que très bientôt, il y aura plus de microfibres que de poissons dans les océans

.

En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans. Source : https://environmentaldefence.ca/2019/07/23/mythbusting-plastics-polluting-oceans/

On est tous d’accord pour dire que se baigner dans de la soupe au plastique, ça ne fait pas tellement rêver comme activité de vacances. 

Mais le problème principal, c’est que les organismes marins ingèrent ces microfibres par accident ou parce qu’ils les confondent avec leur nourriture. 

Des études montrent en effet l’impact désastreux que cette pollution a sur la vie aquatique, en ralentissant la croissance des animaux par exemple et en perturbant leur fertilité. 

En raison de leur taille, les fibres peuvent être absorbées par le zooplancton à la base de l’alimentation des poissons et autres mammifères marins, et se diffusent  par ricochet à l’ensemble de la chaîne alimentaire. 

 

Le zooplancton mange des plastiques et sont mangés par des crevettes qui mangent aussi du plastique et puis les saumons mangent du plastique et des crevettes, et puis l’homme mange du saumon, des crevettes et du plastique, you see ?

Nous-mêmes finissons donc par avaler du plastique via notre nourriture, sans qu’on soit encore en mesure d’en évaluer la quantité ni les impacts sur notre santé. 

D’où viennent les microfibres plastiques ? 

Les microfibres viennent de l’industrie textile, c’est à dire des vêtements que nous portons, des textiles industriels, de nos meubles, etc...

Il faut comprendre que tous les textiles rejettent des micro-fibres, qu’ils soient issus de fibres naturelles (coton, laine), de fibres synthétiques plastiques (polyester, polyamide) ou d’autres fibres synthétiques, par exemple la viscose fabriquée à partir de pulpe de bois. 

Mais comme 60% de la production textile est d’origine synthétique “plastique”, la production textile est devenue le plus gros pollueur aux microplastiques des océans à l’origine de 35% des rejets de microplastiques. Cela la place devant l’industrie du pneu (27%), et la pollution urbaine (24%). Ensuite viennent le marquage des routes, les peintures de bateaux, les produits cosmétiques...

Sur le podium des pays les plus pollueurs, on trouve sans surprise l’ensemble des pays développés, gros consommateurs de textiles synthétiques, ainsi que les pays producteurs de textile comme la Chine ou l’Inde.

Les pays développés et les produits producteurs de textile sont responsables de la majeure partie de la pollution aux microfibres plastiques.

Comment les textiles rejettent-ils des microfibres ?

Les matières textiles plastiques : polyester, acrylique, polyamide (= nylon) représentent environ 60% de la production mondiale de fibres textiles. 

Les textiles produits à partir de ces fibres rejettent des microfibres à toutes les étapes de leur cycle de vie, au lavage, par abrasion ou décomposition.  

C’est important à préciser, parce qu’il faut se rendre compte que les microfibres plastiques ne finissent pas seulement dans l’eau, mais aussi dans l’air que nous respirons et dans le sol.

A l’étape de la production textile pour commencer, des microfibres sont rejetées dans l’air pendant les opérations de découpage, d’abrasion mécanique (par exemple pour créer des textiles à effet “gratté” tout doux, pour nos sweatshirts), et dans l’eau au moment de la teinture et du lavage.

Ensuite, les textiles deviennent des vêtements et continuent à rejeter des microfibres, en particulier quand ils sont lavés. Ce sont d’ailleurs nos machines à laver domestiques qui constituent la plus grande source de fibres, malgré les système d’épuration de l’eau des pays développés, dont l’efficacité varie d’ailleurs fortement d’une installation à l’autre.

Au Canada par exemple, il a été calculé que les usines de traitement des eaux filtraient entre 65 et 92 % des microfibres.

Enfin, en fin de vie, la plupart des textiles usagés sont pour la plus grande partie enfouis en décharge où ils se décomposent.

Seul 9% du plastique mondial est recyclé et 12% est incinéré.

Quels textiles synthétiques sont concernés ?

Tous les tissus ne produisent pas la même quantité de micro-fibres. 

Plusieurs études récentes ont d’ailleurs été conduites pour évaluer les taux rejet de microfibres au passage en machine de différents textiles synthétiques. Leurs conclusions soulignent une grande disparité entre les différents types de tissus. 

Les tissus polaire, à base de polyester par exemple sont ceux qui rejettent le plus de microfibres au regard de leur poids.

Viennent ensuite les tissus de type “maille” tricotés : c’est le type de tissus dans lesquels sont fabriqués les t-shirts par exemple.

Les tissus synthétiques tissés dits “chaîne et trame” provoquent moins de rejets.

D’autres facteurs entrent également en compte : l’âge des vêtements par exemple est un facteur important, les tissus rejettent plus de micro-fibres lors de ses premiers lavages, et la quantité de microfibres augmentent à nouveau en fin de vie du vêtement.

 La manière dont ils sont lavés (température de l’eau et type de détergent utilisé), ou la qualité du tissu font également varier fortement la quantité de fibres produites.

Les études ne mettent cependant pas en évidence un comportement différent par type de matériaux (polyester ou polyamide) pour une construction tissu identique : une maille en polyester va produire une quantité de microfibres comparable à une maille tricotée à partir de fibres Nylon. 

Quels actions mener pour réduire la pollution microfibres ? Le rôle de la recherche, des états et des entreprises. 

En janvier 2020, la France a été le premier pays à adopter une loi imposant l’intégration d’un filtre à micro fibres dans les machines à laver neuves (applicable à partir de 2025). 
Cette mesure marque une prise de conscience des dangers que posent les microfibres pour l’environnement.
Endiguer cette pollution nécessitera cependant un travail de fond, de la part des Etats et des industriels, appuyé par la recherche scientifique pour mesurer les impacts de leurs actions et pour améliorer les techniques et processus de production.
Certaines entreprises textiles, Patagonia en tête, mènent des actions remarquables d’information pour sensibiliser le grand public et participent depuis quelques années à la recherche scientifiques via leur fondations. 
Ils explorent les sujets suivants : 
  • Proposer des méthodes de mesure de la pollution aux microfibres pour pouvoir mieux documenter son évolution.
  • Développer de matières textiles spécifiquement pour limiter les microfibres ou créer de nouveau produits à partir de fibres biodégradables. Certains commencent d’ailleurs à être commercialisés, par exemple par l’industriel Roica qui produit depuis quelques années un elasthanne bio-dégradable en Allemagne.
  • Amélioration des machines et des produits de lavage. Par exemple, un système de filtration par ultrasons est actuellement testé par des chercheurs japonais.
  • Permettre le recyclage des produits en fin de chaîne. L’amélioration de la collecte et du tri est un enjeu important, mais également la séparation des différents types de fibres dans les tissus mélangés, nécessaire pour pouvoir les recycler.

Comment les éviter ? Que peut-on faire à notre échelle ? 

La plus grande partie des microfibres plastiques sont en réalité issues de nos lavages quotidiens en machine. L’action à mener pour réduire leurs émissions commencent donc chez nous, et quelques gestes simples participent à faire une différence :

  • Faire moins de machines.
  • Ne pas surcharger les machines : les textiles rejettent plus de microfibres par abrasion dans des machines très chargées.
  • Utiliser moins de lessive, préférer la lessive liquide à la lessive en poudre, plus agressive sur les textiles.
  • Laver moins chaud : 30 degrés sont préférables à 40 degrés pour nos textiles techniques.
  • Ne pas sécher les vêtements au sèche-linge
  • Acheter moins, mais de meilleur qualité !!
    Les lectures pour en savoir plus

    https://www.researchgate.net/publication/320697945_Quantifying_shedding_of_synthetic_fibers_from_textiles_a_source_of_microplastics_released_into_the_environment 

    https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/ocean-microplastiques-nos-vetements-polluent-oceans-36375/

    https://www.patagonia.com/stories/what-do-we-know-about-tiny-plastic-fibers-in-the-ocean/story-30357.html

    https://www.oceancleanwash.org/

    Oceanwise report : https://assets.ctfassets.net/fsquhe7zbn68/4MQ9y89yx4KeyHv9Svynyq/8434de64585e9d2cfbcd3c46627c7a4a/Research_MicrofibersReport_191004-e.pdf

    Revue Ecotextile qui fait régulièrement des articles sur le sujet, et qui a consacré au problème des micro-fibres une conférence passionnante au Salon Première Vision en Février 2020 à Paris.